On se demande souvent ce qui se passe concrètement dans le cerveau pendant une séance d’hypnose. Une étude publiée en mai 2026 dans la revue scientifique Neuroscience of Consciousness, menée par des chercheuses de l’Université Lyon 1, apporte des éléments de réponse précis.
Une méthode de mesure particulièrement complète
Pour observer ce qui se joue durant l’hypnose, les chercheuses ont combiné plusieurs mesures en parallèle chez les participants : l’activité électrique du cerveau via un EEG haute résolution à 64 électrodes, le rythme cardiaque et respiratoire, l’activité musculaire, et le vécu subjectif rapporté directement par les participants après chaque étape. Cette approche permet de croiser ce qui se mesure objectivement avec ce que la personne dit avoir ressenti.
L’induction hypnotique n’est pas une simple détente
Premier résultat notable : l’entrée en hypnose ne correspond pas à un simple relâchement, contrairement à une idée répandue. Les chercheuses observent une diminution progressive de l’activité alpha dans les zones pariéto-occipitales du cerveau, accompagnée d’une augmentation de l’activité thêta et d’un renforcement des connexions entre les zones frontales et pariétales. Autrement dit, le cerveau reste actif et engagé pendant l’induction, mais son activité se réorganise et se tourne vers l’intérieur, plutôt que de simplement ralentir.
Deux façons différentes de vivre une même suggestion
L’étude s’est aussi intéressée à une suggestion classique en hypnose : la rigidité du bras, où la personne a la sensation de ne plus pouvoir bouger son bras. Les chercheuses ont identifié deux profils de réponse chez les participants. Certains présentent de légers tremblements musculaires involontaires en essayant malgré tout de bouger le bras, tandis que d’autres restent complètement immobiles, sans même tenter le mouvement, percevant celui-ci comme bloqué d’emblée. Sur le plan cérébral, cette suggestion s’accompagne d’une hausse de la connectivité dans les hautes fréquences (gamma) et d’une baisse dans les basses fréquences (delta) au niveau des réseaux fronto-pariétaux.
Ce que cela change dans la compréhension de l’hypnose
Ces résultats renforcent l’idée que l’hypnose fonctionne par une réorganisation active des réseaux cérébraux impliqués dans le contrôle de l’attention et de l’action, plutôt que par une simple mise au repos du cerveau. Ils confirment aussi que l’expérience hypnotique n’est pas uniforme : deux personnes recevant la même suggestion peuvent la vivre, et la traduire neurologiquement, de façon différente.
Cette étude illustre l’intérêt croissant porté par la recherche en neurosciences à l’hypnose, avec des outils de mesure de plus en plus précis pour objectiver ce qui, pendant longtemps, ne reposait que sur le ressenti rapporté par les personnes hypnotisées.
Source : Gelébart J., Debarnot U., « Decoding hypnotic consciousness: neural and experiential insights into induced and ideomotor suggestions », Neuroscience of Consciousness, 2026, Université Lyon 1.