En Belgique, près de 3 personnes sur 10 déclarent ressentir une douleur physique modérée à sévère au cours des quatre dernières semaines, selon l’enquête de santé de Sciensano. Une partie importante de ces douleurs s’installent dans la durée, au-delà de trois mois, ce qui correspond à la définition médicale de la douleur chronique. Au-delà de la sensation elle-même, c’est souvent tout le quotidien qui s’en trouve affecté : sommeil, mobilité, humeur, vie sociale. Quelle place l’hypnose peut-elle occuper dans ce quotidien ?
Une douleur qui pèse sur toute la vie quotidienne
La douleur chronique ne se limite pas à un signal désagréable localisé : elle s’accompagne souvent d’une appréhension du mouvement — la kinésiophobie —, de troubles du sommeil et d’une fatigue qui, ensemble, réduisent progressivement l’autonomie. Se lever, marcher, porter un sac, dormir une nuit complète : ce sont ces gestes ordinaires, plus que la seule intensité de la douleur, que plusieurs travaux récents cherchent aujourd’hui à évaluer lorsqu’ils étudient l’hypnose.
Ce que montre une étude québécoise récente
Une étude menée par le professeur David Ogez, du département d’anesthésiologie et de médecine de la douleur de l’Université de Montréal, a suivi des patients souffrant de douleur chronique à travers un programme combinant séances d’hypnose guidée et apprentissage de l’autohypnose. Au-delà de la baisse de la douleur et de l’anxiété rapportée par la majorité des participants, les chercheurs ont surtout observé une amélioration de la capacité physique : plusieurs patients ont pu reprendre la marche sans aide ou effectuer des gestes du quotidien devenus difficiles, avec des bénéfices qui se maintenaient encore six mois après la fin du programme.
L’autohypnose, pour prolonger les effets entre les séances
Ce résultat rejoint une donnée régulièrement observée dans la littérature scientifique : la régularité compte. Une méta-analyse parue en 2022 dans Neuroscience & Biobehavioral Reviews, portant sur 9 essais randomisés et 530 patients souffrant de douleurs musculosquelettiques ou neuropathiques chroniques, montre qu’un accompagnement d’au moins 8 séances produit un effet nettement plus marqué qu’un suivi plus court. C’est pourquoi de nombreux praticiens enseignent aussi l’autohypnose à leurs patients, afin qu’ils puissent reproduire l’exercice seuls entre deux rendez-vous — une pratique accessible, mais qui gagne à être apprise correctement (voir notre article « Peut-on pratiquer l’autohypnose seul, sans professionnel ? »).
Un complément, pas un remède miracle
Ces résultats, encourageants, restent à consolider par des essais plus larges, et l’hypnose ne remplace pas un suivi médical pour une douleur chronique. Elle s’inscrit plutôt comme un outil complémentaire, aux côtés des traitements existants, pour redonner au patient un rôle actif dans la gestion de sa propre douleur — ce qui, au quotidien, fait souvent toute la différence.
Sources
Sciensano, Enquête de santé 2018 — Douleur physique. — Ogez D. et al., Université de Montréal, département d’anesthésiologie et de médecine de la douleur, étude sur l’hypnose et l’autohypnose dans la douleur chronique (relayée par UdeMNouvelles, janvier 2024). — Langlois P., Billot M. (2022), « Hypnosis to manage musculoskeletal and neuropathic chronic pain: A systematic review and meta-analysis », Neuroscience & Biobehavioral Reviews, vol. 135.