« Maigrir sans effort grâce à l’hypnose » : la promesse circule beaucoup, mais que dit réellement la recherche scientifique ? Entre les études isolées et les méta-analyses qui rassemblent des dizaines de travaux, voici la réponse.
Le mythe : une action directe sur le métabolisme
Commençons par ce que l’hypnose ne fait pas : aucune étude sérieuse ne montre qu’elle accélère le métabolisme, brûle des graisses ou agit directement sur le poids sans changement de comportement. Si cette promesse-là est un mythe, la question de son utilité réelle mérite en revanche d’être posée sérieusement, à la lumière des travaux publiés.
Ce que montrent les méta-analyses
Une méta-analyse de référence, menée par Milling et Gover (2018) dans la revue Psychology of Consciousness: Theory, Research, and Practice, a regroupé les essais comparant une prise en charge cognitivo-comportementale du poids, avec ou sans hypnose associée. Sa conclusion : ajoutée à ce type d’accompagnement, l’hypnose est associée à une perte de poids plus importante qu’une prise en charge sans hypnose.
Une synthèse plus large encore, publiée début 2024 dans Frontiers in Psychology par Rosendahl, Alldredge et Haddenhorst, a passé en revue 49 méta-analyses parues en vingt ans, portant au total sur 261 études et l’ensemble des usages thérapeutiques de l’hypnose. Sa conclusion générale : dans la majorité des domaines examinés, l’hypnose produit des effets allant de moyens à importants, qui dépendent notamment de la personne qui consulte et de son implication dans le processus.
Des essais cliniques récents vont dans le même sens
Deux essais randomisés publiés ces dernières années confirment cette tendance sur le terrain : une étude italienne (Bo et al., 2018, revue Obesity) et l’étude française HYPNODIET (Delestre et al., 2022, The American Journal of Clinical Nutrition) ont toutes deux observé des bénéfices chez les personnes pratiquant l’hypnose régulièrement, en complément d’un suivi nutritionnel.
Alors, mythe ou réalité ?
Les deux à la fois, selon ce qu’on entend par « efficacité ». Mythe si l’on attend un effet automatique ou « magique » sur le corps, sans implication de la personne qui consulte. Réalité si l’on considère l’hypnose comme un outil qui agit sur le comportement alimentaire — impulsivité, grignotage, rapport aux émotions — avec un niveau de preuve scientifique aujourd’hui établi par plusieurs méta-analyses indépendantes. Ce constat, plus modeste qu’un argument commercial mais bien plus solide, est celui que partage la littérature scientifique actuelle : un soutien réel, à intégrer dans une démarche globale, plutôt qu’une solution isolée.
Sources
Milling L.S., Gover M.C. (2018), « The Effectiveness of Hypnosis as an Intervention for Obesity: A Meta-Analytic Review », Psychology of Consciousness: Theory, Research, and Practice, vol. 5, n°1. — Rosendahl J., Alldredge C.T., Haddenhorst A. (2024), « Meta-analytic evidence on the efficacy of hypnosis for mental and somatic health issues: a 20-year perspective », Frontiers in Psychology, vol. 14. — Bo S., Rahimi F., Goitre I. et al. (2018), « Effects of Self-Conditioning Techniques (Self-Hypnosis) in Promoting Weight Loss in Patients with Severe Obesity: A Randomized Controlled Trial », Obesity, vol. 26, n°9. — Delestre F., Lehéricey G., Estellat C. et al. (2022), « Hypnosis reduces food impulsivity in patients with obesity and high levels of disinhibition: HYPNODIET randomized controlled clinical trial », The American Journal of Clinical Nutrition, vol. 115, n°6.
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