« Confiance en soi » et « estime de soi » sont souvent utilisées comme des synonymes, pourtant elles ne désignent pas la même chose. Beaucoup de personnes qui s’intéressent à l’hypnose pour « se sentir mieux » se demandent en réalité sur laquelle des deux elle agit, et comment. Voici ce qui distingue ces deux notions, et ce qu’une étude scientifique récente montre sur l’effet réel de l’hypnose sur l’estime de soi.
Confiance en soi et estime de soi : deux notions distinctes
La confiance en soi renvoie à l’évaluation de ses propres capacités à réussir une tâche précise : parler en public, passer un entretien, exécuter un geste sportif. Elle peut varier fortement d’un domaine à l’autre : on peut se sentir très à l’aise au travail et complètement démuni sur une piste de danse.
L’estime de soi est plus globale et plus stable : c’est le jugement général qu’une personne porte sur sa propre valeur, indépendamment de ses performances. Le concept a été posé dès la fin du XIXe siècle par le psychologue William James, puis approfondi par le sociologue Charles Cooley ; il est aujourd’hui mesuré en recherche via des outils validés, au premier rang desquels l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (RSES), la référence la plus utilisée en psychologie. On peut donc manquer de confiance dans un domaine précis tout en ayant une bonne estime de soi globale, et inversement.
Comment l’hypnose peut agir sur l’estime de soi
En état d’hypnose, l’attention se détourne du mode de pensée analytique et critique habituel pour se tourner vers un fonctionnement plus associatif. Cela permet de travailler directement sur les jugements négatifs automatiques que la personne porte sur elle-même, souvent anciens et répétés depuis l’enfance ou l’adolescence, plutôt que de simplement les contester par le raisonnement. Le praticien aide la personne à revisiter certaines expériences, à modifier le sens qu’elle leur donne, et à développer des ressources internes qu’elle pourra mobiliser seule ensuite, notamment par l’autohypnose.
Ce travail rejoint celui mené sur la confiance en soi mais il vise une transformation plus profonde et plus durable du rapport à soi, plutôt qu’une amélioration ponctuelle sur une situation précise.
Ce que montre une étude scientifique récente
Une étude randomisée contrôlée menée par Grégoire et ses collègues, publiée dans Quality of Life Research en 2020, a mesuré l’effet d’un programme associant autohypnose et exercices d’auto-soin sur l’estime de soi. Sur 95 participantes réparties entre un groupe suivant le programme (8 séances hebdomadaires de 2 heures) et un groupe témoin en liste d’attente, le score d’estime de soi (échelle de Rosenberg) est passé de 29,6 à 31,8 dans le groupe intervention (p < 0,001), contre une évolution non significative dans le groupe témoin (p = 0,857).
Les auteurs ont par ailleurs établi que l’augmentation de la pleine conscience expliquait une part importante (33 %) de cette amélioration : l’hypnose agit donc en partie en modifiant le rapport que la personne entretient avec ses pensées, plus qu’en les supprimant. Précision utile : cette étude portait sur des personnes ayant terminé un traitement contre le cancer, dans le cadre d’un programme combiné et non de l’hypnose seule ; ses résultats, solides, ne se généralisent donc pas automatiquement à toutes les situations.
En pratique
Si la confiance en soi se travaille souvent situation par situation, l’estime de soi demande un accompagnement qui prend le temps de revenir sur l’histoire personnelle et les croyances installées. C’est un travail de fond, qui se construit en plusieurs séances plutôt qu’en une seule.
Sources :
Grégoire C., Faymonville M.-E., Vanhaudenhuyse A., Jerusalem G., Willems S., Bragard I., « Randomized controlled trial of a group intervention combining self-hypnosis and self-care: secondary results on self-esteem, emotional distress and regulation, and mindfulness in post-treatment cancer patients », Quality of Life Research, 2020.
Échelle d’estime de soi de Rosenberg (RSES), outil de référence en psychologie, Rosenberg M., 1965.
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