« Écoutez cette séance en vous endormant, votre inconscient enregistre tout pendant la nuit » : la promesse accompagne de nombreux enregistrements d’hypnose vendus pour le sommeil. Elle mélange plusieurs phénomènes bien réels, mais qui ne veulent pas dire la même chose. Voici ce que montrent réellement les études sur le cerveau endormi face aux sons.
L’oreille ne se « coupe » pas pendant le sommeil
Première chose à corriger : l’oreille continue bel et bien à transmettre les sons pendant qu’on dort. Une étude utilisant des enregistrements intracrâniens chez l’humain a montré que les réponses neuronales à un son restent robustes durant le sommeil, alors que les échanges entre certaines régions du cerveau, ceux associés à la perception consciente à l’état de veille, sont fortement réduits. Un son déclenche donc bien une activité cérébrale, sans que cela signifie qu’il est perçu comme à l’état éveillé.
Le cerveau peut traiter un mot, mais pas suivre un discours
Une expérience a poussé l’analyse plus loin : des participants avaient appris, éveillés, à classer des mots en deux catégories (animaux, objets) par une réponse motrice différente. Pendant leur sommeil, de nouveaux mots déclenchaient encore une activité cérébrale correspondant à la préparation de la bonne réponse. Le cerveau avait donc extrait assez de sens pour classer le mot — ce qui ne démontre pas qu’il suivrait toute une phrase, et encore moins tout un texte de suggestions.
De vrais apprentissages pendant le sommeil existent, mais très spécifiques
Deux résultats solides méritent d’être cités. En associant pendant le sommeil un son à une odeur agréable ou désagréable, des chercheurs ont observé qu’au réveil, le son seul modifiait la façon de renifler des participants, sans aucun souvenir conscient de l’apprentissage. Une autre équipe a montré qu’une association entre deux mots pouvait être apprise implicitement, à condition que les mots soient présentés exactement au bon moment d’une onde lente du sommeil profond — un effet mesuré ensuite par un test de choix, pas par une récitation du vocabulaire appris pendant la nuit. Dans les deux cas, on est loin d’un enregistrement qui « reprogrammerait » une phobie ou une habitude en étant simplement diffusé toute la nuit.

Et les études qui associent hypnose et sommeil ?
Des travaux menés à l’Université de Zurich ont montré que des suggestions hypnotiques pouvaient augmenter la part de sommeil profond chez les personnes réceptives à l’hypnose. Mais dans ces protocoles, les suggestions sont délivrées pendant que la personne est encore éveillée ou en train de s’endormir — jamais diffusées en boucle pendant qu’elle dort déjà profondément. Constater un effet positif au réveil ne dit donc rien sur ce qui se serait passé si l’enregistrement avait continué à tourner pendant la nuit entière.
Ce que l’on peut raisonnablement affirmer
Activité cérébrale, compréhension, mémorisation et changement thérapeutique sont quatre choses différentes. Le cerveau endormi reste partiellement sensible aux sons et capable de certains traitements implicites très limités ; rien n’indique qu’il comprend, retient et applique les suggestions complexes d’une séance d’hypnose diffusée pendant qu’on dort déjà. C’est précisément pour cette raison que l’hypnose, telle qu’elle est pratiquée cliniquement, se déroule dans un état particulier obtenu à l’état conscient, guidé par un professionnel — et non en arrière-fond d’une nuit de sommeil.
Sources
Hayat, H., Marmelshtein, A., Krom, A. J. et al. (2022). Reduced neural feedback signaling despite robust neuron and gamma auditory responses during human sleep. Nature Neuroscience, 25, 935-943. — Kouider, S., Andrillon, T., Barbosa, L. S., Goupil, L., & Bekinschtein, T. A. (2014). Inducing Task-Relevant Responses to Speech in the Sleeping Brain. Current Biology, 24(18), 2208-2214. — Arzi, A. et al. (2012). Humans can learn new information during sleep. Nature Neuroscience, 15, 1460-1465. — Züst, M. A., Ruch, S., Wiest, R., & Henke, K. (2019). Implicit Vocabulary Learning during Sleep Is Bound to Slow-Wave Peaks. Current Biology, 29(3), 541-553. — Cordi, M. J., Schlarb, A. A., & Rasch, B. (2014). Deepening sleep by hypnotic suggestion. Sleep, 37(6), 1143-1152.
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