Améliorer notre communication

L’hypnose, un art de communiquer au service de l’autre

 

Depuis Mesmer – le vrai – l’hypnose a connu beaucoup de transformations et d’adaptations, et ce, dans des domaines bien différents les uns des autres. De la personne rigidifiée par les suggestions d’un hypnotiseur de spectacle allongée sur des tréteaux à l’anesthésie de bloc opératoire, de la thérapie en cabinet de consultation à l’art de communiquer efficacement, l’hypnose a évolué et s’est vêtue d’un costume capable de prendre mille et une apparences. Si bien que la plupart d’entre nous utilisent l’hypnose sans même le savoir.

En thérapie ou en coaching, l’hypnose sera employée afin d’amener le patient ou le client au changement qu’il souhaite. C’est d’ailleurs ce à quoi Milton Erickson a consacré la majeure partie de sa vie. De plus, les séances d’hypnose d’Erickson avaient pour réputation d’être magiques. Si bien qu’il était surnommé « the wizard », le magicien.

Au-delà de la magie, acception souvent attribuée à l’hypnose, certains, comme Bandler, Grinder ou l’école de Palo Alto, ont permis de décoder les différentes structures de cette magie. Lorsque nous nous y intéressons de plus près, il saute aux yeux que, derrière celle-ci, se trouve un travail titanesque de compréhension de la communication interpersonnelle.

Par conséquent, au-delà d’être un « état modifié de conscience » (définition qui mériterait d’ailleurs d’être retravaillée), l’hypnose devient un art de communiquer et qui suit des règles précises que nous aborderons un peu plus loin.

Il est donc une chose de ne pas avoir conscience de notre communication dans nos relations quotidiennes et il en est une autre de ne pas en avoir conscience en tant que coach ou psychothérapeute dans les relations d’accompagnement de personnes. Rappelons-le, l’hypnose comme « outil » d’intervention ne signifie pas seulement de proposer au patient de s’allonger sur un divan et de l’amener dans un état de bien-être ou de relaxation en lui suggérant de retrouver un souvenir agréable – la mer ou la montagne – comme c’est trop souvent le cas. Cela serait réducteur.

La relation d’aide à l’autre s’évertue en fait à dégager de nouvelles voies d’accès pour le patient, et, en cela, peu importent les obédiences de chaque thérapeute ou coach. Et il semble nécessaire qu’avant tout acte de changement posé, nous devrions mettre en lumière certains aspects communicationnels utiles provenant de l’hypnose, d’autant plus que notre mission d’accompagnement se fait essentiellement par l’art de la parole juste ou l’art du dialogue.

D’ailleurs, dire à un patient qui vit une situation de stress de ne pas stresser, n’est à priori d’aucune utilité, à moins que le but recherché soit d’amplifier le stress en question. Au même titre que lui dire de ne pas s’inquiéter aura pour effet d’amplifier son inquiétude. Sans compter l’intonation de la voix, qui pourrait avoir tendance à décupler la sensation négative. Mais il s’agit là de paradoxes connus de tous. Face à une telle responsabilité, il faut choisir entre subir la communication dans le lien d’une relation qui ne tient qu’à un fil ou communiquer intelligemment. Ce qui implique avant toute chose de pouvoir gérer sa propre communication.

À présent, allons plus loin afin d’améliorer la relation thérapeutique.

 

  1. Transformer les suggestions qui entraînent des émotions négatives en suggestions positives

 

L’erreur la plus souvent commise est de vouloir donner des injonctions positives en utilisant des suggestions négatives. Exemple : « ne stresse pas ! » Cela ne marche pas, que du contraire, et c’est contre-productif.

Revenons un instant en consultation et prenons cet exemple du stress et de sa ressource opposée, qui pourrait s’avérer être du calme. Lorsque la phrase « ne stresse pas » est entendue, l’inconscient oriente d’abord l’attention vers un état de stress. Ensuite, le « ne pas » est pris en considération et la recherche est orientée vers sa ressource, à savoir, d’après notre exemple ci-dessus, le calme.

Cela fonctionne si le patient possède en lui la ressource de « calme ». Par contre, s‘il ne la possède pas, le risque encouru est qu’il ne se dégage pas immédiatement ou totalement de cet état de stress. Cette façon de communiquer génère un processus énergivore pour le patient et qui stratégiquement n’est pas la plus efficace pour le thérapeute. La solution est très simple : plutôt que de faire la suggestion de ne pas stresser, il suffit de suggérer de rester calme. Au même titre que de dire de « ne pas s’inquiéter », il est préférable de suggérer de « rester serein ».

 

Quelques exemples :

 

  • Ne sois pas si brusque à Sois plus doux
  • Ne sois pas tendu à l’idée de … à Relâche-toi concernant …
  • Ne touche pas à ça à Garde les mains près du corps
  • Demain, n’oublie pas de prendre ton sac à Demain, rappelle-toi de prendre ton sac
  • Ne va pas si vite à Ralentis
  • Ne regarde surtout pas en bas quand tu seras en haut … à Regarde devant toi une fois en haut
  • Ne stresse pas à ton examen oral à Sois calme (détendu) lors de ton examen oral

Certains prétendent encore à tort que l’inconscient ne comprendrait pas la négation. Ce qui est évidemment faux. C’est un mythe. L’inconscient comprend parfaitement la négation, sauf qu’il se focalise d’abord sur ce que nous ne voulons pas, et seulement ensuite prend le chemin opposé s’il en a la possibilité.

Communiquer et garder à l’esprit l’objectif de chaque suggestion est la meilleure façon de rendre plus efficace le dialogue thérapeutique. Ce qui ne signifie pas non plus de bannir toute forme de négation dans la communication, car elle a aussi son utilité.

 

  1. Utiliser les négations pour absorber les résistances

 

L’une des difficultés majeure éprouvée par beaucoup lorsque se présente un patient dit résistant est qu’il s’oppose inconsciemment à son propre changement.

On reconnaît très vite ces patients, car chaque suggestion ou proposition de changement formulée est systématiquement rejetée.

J’aimerais à ce sujet vous raconter une anecdote vécue en séance :

Dès la poignée de main avec la personne venue me consulter, je sentis que la « partie » n’était pas gagnée d’avance. J’invitai donc la patiente à s’installer dans le siège afin de commencer l’entretien. Sauf qu’elle prit le siège et se recula au fond du cabinet. Nous étions plus ou moins à 3 mètres l’un de l’autre. Je commençai l’entretien, mais chacune de mes suggestions était systématiquement balayée d’un revers de la main. Chaque recadrage formulé positivement – comme vu plus haut – s’avérait être un échec. Jusqu’au point où même mes questions étaient sujettes à controverse. La patiente ne s’exprimait qu’avec des   « … ne… pas… » et ne percevait que le négatif dans chaque situation qu’elle me racontait. J’avais le choix : soit mettre un terme à la séance soit adopter son mode de fonctionnement en commençant par me calquer sur la structure de son langage – ce que nous appelons en hypnose ou en PNL : le processus de synchronisation.

Je lui dis alors :

  • Vous n’êtes pas forcé de me raconter ce qui vous amène… – Oui je sais (me dit-elle)
  • À ce stade-ci, vous ne devez même pas imaginer une solution à ce qui était un problème avant de venir (je présuppose stratégiquement en même temps par l’emploi de l’imparfait de l’indicatif que le problème se situe déjà dans le passé afin que la ligne du temps de la patiente commence à se redéfinir) – Oui, et je n’en ai pas envie (me répondit-elle)

Grâce aux négations, je parvins à créer une boucle de validation de « oui », plus propice à ce qu’elle accepte par la suite mes suggestions suivantes. De plus, cela me permit de renforcer le lien de confiance entre elle et moi : elle commença à se rapprocher de moi en approchant son siège.

  • Et puis, se retrouver avec un thérapeute qui pose des questions n’est pas toujours facile, parce qu’on n’a pas toujours envie d’y répondre même si l’on sait au fond que cela peut nous être utile – Oui, c’est vrai, vous avez raison !

Si vous observez bien, vous remarquez que la patiente accepte à présent des suggestions plus directes et commence à devenir plus « positive » et à abonder dans mon sens.

En proposant par des structures négatives des suggestions positives, vous remarquerez que cela a pour effet d’annuler automatiquement tout type de résistance. C’est comme si vous donniez des coups de poing dans un mur en mousse : vous vous fatigueriez certainement très vite et abandonneriez la partie, car il n’y a aucune opposition contraire.

 

  1. Reformuler les mots du patient à l’identique et non dans vos propres mots comme cela est parfois préconisé

 

La façon de vivre nos états intérieurs nous apparaît de façon unique et les mots que nous employons pour les exprimer ne peuvent faire l’objet d’une substitution, car ils sont chargés de sens. Faites le test, vous observerez que cela ne sonne pas juste : que vous évoque le mot détente ? Légèreté, lourdeur, flottement, apesanteur, onctuosité ?

Quel mot avez-vous choisi ? Certainement un qui n’équivaut pas à un autre. Alors, imaginez comment cela résonne pour le patient lorsque ses états intérieurs sont reformulés par une autre personne et au travers de mots qui ne sont pas les siens. Ce serait à peine exagéré de prétendre que cela reviendrait à nier ce qu’exprime ce patient. Même si cela est une façon pour le thérapeute de vérifier sa propre compréhension de cette expression, il n’en demeure pas moins que formuler les mots du patient par d’autres mots revient à en faire une interprétation/projection sur base de sa propre carte du monde et non plus à partir de celle du patient.

A contrario, lorsque les mots de ce dernier sont reformulés de façon identique, ainsi que l’intonation et le volume de la voix, il n’y a plus aucune interprétation de la part du thérapeute, mais une reformulation juste et identique. Cela crée un effet miroir et le sentiment d’être respecté et compris pour le patient.

Par une reformulation identique du type, « si je comprends bien ce que vous me dites, ce que vous recherchez c’est l’envie de pouvoir ressentir plus de légèreté lorsque vous êtes confronté à cette situation ? », le thérapeute s’assure de deux choses :

D’une part, il valide par le patient qu’il a correctement compris sa demande et évite qu’il ne puisse lui opposer la réflexion suivante : « non, ce n’est pas ça que j’ai voulu dire, mais… ». D’autre part, il se place en position, non plus d’expert, mais en position basse. C’est alors que le thérapeute prend véritablement sa place dans la mesure où cela positionne le patient en véritable acteur de son changement.

Ce qui évite également des réflexions du genre : « … mais c’est vous le thérapeute/coach, c’est pour ça que je viens vous voir, car c’est vous qui connaissez la solution… »
Ce genre de piège tendu par les patients est fréquent et il appartient aux thérapeutes/coaches de ne pas s’y engouffrer. La position haute, d’expert, est tentante, car flatteuse et certainement intéressante à certains moments précis, mais de façon générale, la position basse sera privilégiée, dans la mesure où elle renferme des avantages thérapeutiques indéniables, notamment pour le renfort de l’alliance thérapeutique.

Cet encadrement généré par la reformulation crée d’une manière permanente de multiples accords séquencés des deux côtés de la relation. Il est intéressant d’observer que l’utilisation d’une reformulation identique de ce que le patient exprime renforce davantage la boucle de validation vue plus haut.

 

  1. Utiliser un autre schéma : orienter la recherche de solution vers une compréhension sensitive

 

La compréhension purement cognitive de la solution ainsi que le raisonnement logique ne suffisent pas au changement. D’ailleurs, si la simple compréhension logique permettait ce dernier, cela se saurait : il n’y aurait plus de fumeurs, de personnes en surpoids, de personnes souffrant de compulsions alimentaires, bref, il suffirait d’une explication pour créer le changement.

Faites le test : expliquez à un étudiant qui stresse avant son examen les raisons et les mécanismes du stress et observez si celui-ci s’empresse de diminuer. À votre avis ?

Nous sentons bien qu’en dehors de tout raisonnement cartésien, certains éléments nous échappent, notamment celui du ressenti. Qu’on veuille bien l’admettre ou non, notre raison est bien plus souvent soumise aux désirs de nos émotions qu’à la logique pure de notre raisonnement. C’est pourquoi l’une des portes d’entrée vers le changement est d’amener le patient, en séance déjà, à lui faire ressentir intérieurement les prémices de son changement.

Amener un patient qui vient consulter, car il qui souffre d’angoisses chroniques, à changer son état intérieur en l’espace de 30 minutes en une sensation de bien-être et de sérénité sera d’autant plus puissant pour la suite de la thérapie ou du coaching que de lui expliquer pendant 1h30 les raisons de ses angoisses. Nous ne disons pas que cela est inutile, mais certainement pas lors d’un premier entretien.

 

Le schéma est le suivant :

 

En changeant la perception de la sensation vécue, vous transformez l’émotion. Si vous transformez l’émotion, vous amenez une réaction comportementale différente. Finalement, il devient facile de recadrer l’ancienne compréhension vers une nouvelle compréhension plus utile. S’il y avait une chose à retenir ici, c’est celle d’ouvrir de nouvelles perceptions pour créer de nouvelles réactions.

Loin de « dormez, je le veux ! » hérité de l’abbé Faria, l’hypnose est devenue une puissante « méthode » de changement. D’ailleurs, et cela est encore ignoré par beaucoup, elle est considérée comme la grand-mère de la psychothérapie. Au-delà de l’idée que l’hypnose ne serait qu’un simple état de relaxation, elle amène le thérapeute/coach à repenser sérieusement sa communication et son discours dans sa relation avec le patient.

L’hypnose améliore considérablement la qualité et l’efficacité du changement que nous recherchons tous pour nos patients/clients.

C’est par la réhabilitation de notre compréhension des fonctionnements de la suggestion dans notre communication que nous pouvons utiliser la suggestion stratégiquement et ainsi orienter le patient vers de nouvelles disponibilités. Ce travail place le patient dans une posture participative et active aux démarches d’investigation de ses propres solutions, et lui offre la chance de faire sauter lui-même ses propres résistances.

Kevin Ramchurn